Quand arrêter la conduite automobile chez les personnes âgées ? témoignage d’un médecin gériatre agréé pour les permis de conduire

Quand arrêter la conduite automobile chez les personnes âgées ? témoignage d’un médecin gériatre agréé pour les permis de conduire

Nous avons recueilli le témoignage du Dr Pierre Carnoy, à la fois gériatre et médecin agréé pour les permis de conduire,  qui anime l’association GERIATRIX qui regroupe des gériatres de l’Allier et des médecins de la Commission médicale des permis de conduire de cette même région. Nous lui avons demandé : quand faut-il arrêter la conduite automobile chez les personnes âgées ?
Pierre Carnoy  s’est déjà exprimé sur notre blog par le passé pour rappeler aux médecins agréés pour les permis de conduire que le médecin agréé peut demander un test de conduite en auto-école lorsqu’il a un doute sur la capacité de conduire d’une personne âgée; Pierre Carnoy a conduit l’ étude “Gériatrix-conduite automobile” qui visait à comparer une épreuve de mise en situation de conduite sur route à une batterie de tests cognitifs pour évaluer l’éventuelle inaptitude de sujets âgés à la conduite automobile. 

L’étude Gériatrix-conduite automobile” n’a pas trouvé de corrélation suffisante entre le résultat d’une batterie choisie de tests cognitifs et l’aptitude réelle à la conduite évaluée par une épreuve de conduite sur route. Elle concluait donc que les médecins agréés pour les permis de conduire, devraient proposer de manière plus systématique la réalisation d’un audit de conduite sur route comme la loi les y autorise, afin de statuer plus objectivement sur l’aptitude à la conduite d’une personne âgée qui présente des troubles cognitifs. En effet l’inaptitude à la conduite est très lourde de conséquences et ne peut pas être prise à la légère.

Témoignage du Dr Pierre Carnoy

Médecin des permis de conduire depuis 36 ans à Moulins dans l’Allier, et médecin gériatre exerçant en libéral j’ai eu l’honneur de présenter notre étude Geriatrix (2011/2018) suite à l’invitation de Charlotte Gauthiez, responsable du comité de la filière gérontologique Rhône Sud.

Un constat depuis 2015 : sur un plan épidémiologique on connaît mieux la répartition des personnes tuées par an (automobilistes, cyclistes, piétons). Il ressort que 25 % des tués a plus de 65 ans. Entre 65 et 75 ans cette tranche d’âge est semblable à la population plus jeune, mais surtout les chiffres confirment qu’après 75 ans la mortalité s’accroît beaucoup plus vite avec plus de 60 % d’accidents responsables.

Le sujet était : Quand arrêter de conduire ?

Si dans plus de 90 % des cas cela se passe dans d’assez bonnes conditions (arrêt spontané du conducteur ou vivement incité par son entourage) il reste 5 à 10 % de cas difficiles, à la fois pour les familles et les médecins. Que fait la société, l’Etat ? Encore en novembre 2018 il a été répété par le ministre de l’intérieur qu’il n’y aurait pas en France de tests médicaux obligatoires.

Il est rappelé que les familles et tout citoyen peut faire un signalement par simple courrier à la Préfecture. Une demande de visite dans la plupart des cas sera faite auprès d’un médecin des permis de conduire dans un délai d’un mois environ. En cas d’accident corporel, notre avis médical demandé par le Préfet sera encore plus rapide (avec souvent suspension provisoire du permis dans cette attente). N’oublions pas qu’un médecin traitant ou un médecin de consultation mémoire peut nous demander à titre consultatif un avis sur l’aptitude à conduire dans des cas difficiles comme un début de maladie d’Alzheimer.

Comme médecin des permis de conduire souvent confronté à ce problème, nous avons dans l’Allier trouvé des outils d’aide à l’évaluation de l’aptitude ou l’inaptitude à la conduite. Depuis l’arrêté du 14 septembre 2010 un médecin des permis de conduire peut prescrire un test en auto école. (Ceci n’est pas assez demandé en pratique en France).

Notre étude Geriatrix, unique en France dans la durée (8 ans) a été récompensée par un travail pluri-professionnel (représentants de l’Etat, du département de l’Allier, de la Prévention routière, des professionnels de santé : neuropsychologues, orthoptistes, médecins gériatres, services sociaux, sans oublier les forces de l’ordre et les auto-écoles ).

On retiendra trois formations toutes complémentaires que j’ai faites dans l’Allier :

  • 2016 : formation auprès de médecins généralistes.
  • 2017 : formation médicale pour les forces de l’ordre (Gendarmerie, Police nationale et municipale).
  • 2018 : formation médicale pour les moniteurs d’auto école.

Notre bilan confirme que les demandes faites par la Préfecture de l’Allier sont en augmentation depuis un an grâce à une meilleure collaboration de tous les services. Ne vaut il pas mieux prévenir que guérir !

A titre personnel mon engagement de médecin des permis de conduire est de sauver des vies. Je suis malheureux quand j’examine une personne âgée impliquée dans un accident mortel ou très grave et que je dois la déclarer inapte à la conduite en raison d’une contre indication formelle, j’en citerai deux très fréquentes : acuité visuelle insuffisante et démence très sévère . Cette inaptitude n’arrive t-elle pas trop tard !

Pour mémoire, en 2004, 12 altérations fonctionnelles ont été, sur proposition d’un groupe d’experts, identifiées comme incompatibles avec l’obtention ou le maintien du permis de conduire, car pouvant “entraver la rapidité et la précision des mouvements complexes qu’implique le maniement des commandes d’une voiture”. “Elles concernent des affections lourdes et durables qui peuvent se rencontrer à tous les âges de la vie”, notent les experts.

  • Insuffisance cardiaque très sévère permanente,
  • cardiomyopathie hypertrophique symptomatique,
  • acuité visuelle inférieure à 5/10 de loin malgré une correction optique,
  • blépharospasme incoercible (fermeture permanente et incontrôlable des paupières)
  • diplopie (vision double) permanente,
  • instabilité chronique à l’origine de troubles graves de l’équilibre et de la coordination,
  • dépendance à l’alcool,
  • dépendance aux drogues,
  • somnolence excessive,
  • démence très évoluée,
  • paralysie des membres supérieurs sans possibilité d’adaptation du véhicule
  • psychose aiguë .

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