Etudes réalisées par la Sécurité routière à propos de la vitesse : qu’en pensent les mathématiciens ?

Etudes réalisées par la Sécurité routière à propos de la vitesse : qu’en pensent les mathématiciens ?

Diverses études ont établi une relation soi-disant scientifique entre vitesse et gravité Voiture Vitteldes accidents en reprenant une formule défendue par plusieurs scientifiques Nilsson, Elvik, Finch, Taylor. Ces études sont régulièrement mises en avant par la sécurité routière pour justifier l’implantation de plus en plus de radars sur les routes. La ligue de défense des conducteurs, qui constate que la sécurité routière s’apparente de plus en plus à une véritable chasse au conducteur, a demandé à la Société française de calcul mathématique de réaliser une analyse critique de trois de ces études.

Bernard Beauzamy, mathématicien, Président directeur général de la Société de calcul mathématique a présenté les conclusions de cette étude à l’occasion du débat parlementaire du 22 avril 2014 qui s’est déroulé au Palais du Luxembourg  : ” Vitesse : stop aux idées reçues ! Pour une nouvelle approche de la sécurité routière “.

L’intégralité du rapport de l’étude est en ligne 

Analyse critique de publications scientifiques, cherchant à établir une relation entre
les dispositifs de contrôle automatique de la vitesse (radars) et la réduction du nombre
d’accidents sur la route, pour la Ligue de Défense des Conducteurs.

En préambule Bernard Beauzamy a rappelé qu’il existe une différence importante entre la vitesse réglementaire (fixée par la réglementation) et la vitesse adaptée (la vitesse à adopter en fonction de différents paramètres) : la vitesse réglementaire n’est pas nécessairement adaptée aux conditions de circulation ( état du véhicule, du conducteur, météo, etc)

Depuis 1973, on observe une baisse constante du nombre d’accidents sur la route et la mortalité qui leur est associée.

3 classes de facteurs influencent le nombre d’accidents de la route

FerrariLa conduite associe un conducteur, un véhicule et l’environnement de conduite, par conséquent on considère que 3 classes de facteurs influent sur le nombre d’accidents :

Capacité des conducteurs : connaissance des règlements, obéissance, attention, ébriété, somnolence, prise de drogues
Caractéristiques des véhicules : tenue de route, dispositifs d’assistance à la conduite, anticipation de freinage, vitesse du véhicule, éclairage à partir du véhicule, etc
Infrastructures : qualité du réseau routier, dispositifs de signalisation, éclairage des routes.

3 études ont été analysées

Les 3 études listées ci-dessous ont été analysées par la Société de calcul mathématique en 2013 pour connaître la réelle valeur scientifique des calculs soumis :

Les études attribuent la réduction des accidents uniquement au conducteur

Les études mentionnent bien les 3 facteurs susceptibles d’influencer le nombre d’accidents mais attribuent la réduction des accidents uniquement à l’un d’entre eux, le conducteur, ignorant les deux autres facteurs : les véhicules et les San Francisco- Visites médicales du permis de conduireinfrastructures, ce qui peut être considéré comme une faute de logique majeure puisque les autres facteurs volontairement ignorés dans ces études sont susceptibles d’avoir une influence non négligeable sur les calculs.

 

Les méthodes Nilsson, Finch, etc ne peuvent établir un lien avéré entre vitesse et mortalité routière puisqu’elles ont écarté les données susceptibles de fausser leur raisonnement : état des routes, progrès techniques, vitesse au moment de l’impact, modèle de voiture, etc
Les voitures sont indéniablement plus sûres et mieux équipées désormais , leur tenue de route améliorée, de nombreux dispositifs de sécurité équipent en série les véhicules (airbags, ceinture de sécurité, avertisseur sonore en cas de somnolence du conducteur, etc).

Les études épidémiologiques doivent obéir aux règles générales qui régissent la recherche scientifique.

  • Elles doivent lister tous les facteurs susceptibles d’influer sur le résultat.
  • Le modèle mathématique que l’étude épidémiologique construit doit être réalisé à partir des lois de la physique, il faut préciser lesquelles et il doit être validé sur des données extérieures : or dans ces diverses études les modèles sont construits de manière complètement artificiels et n’ont pas été validés sur des données extérieures
  • Les incertitudes sur les résultats doivent être correctement évaluées : or, l’intervalle de confiance (marge d’erreur que l’on doit appliquer aux formules) n’est jamais fourni dans ces études alors qu’il existe de nombreuses méthodes pour le calculer, donc aucune analyse d’incertitude des résultats n’est présentée.

Par conséquent ces études qui établissent un lien irréfutable entre vitesse et mortalité manquent de rigueur scientifique, puisqu’elles ne respectent pas plusieurs des règles de base de la recherche scientifique alors que le non respect d’une seule de ces règles de base doit normalement conduire à l’élimination de l’étude.

Selon la Société de calcul mathématique, les conclusions de ces études mises en avant par la sécurité routière seraient manipulées pour aboutir à des conclusions préalablement établies ( établir un rapport entre la vitesse et la mortalité sur les routes) . La sécurité routière semble avoir focalisé son attention sur la vitesse occultant de nombreux autres facteurs de sécurité sur la route…

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